La roulette russe!
Il y a quelques mois...
C'est dans l'euphorie que le monde de la finance baignait et c'est avec une certaine suffisance qu'il menait à la baguette tout le destin du reste de la planète. N'est-ce pas avec cette même arrogance que ses porte-parole, les libéraux de tous poils, culpabilisaient d'un discours moralisateur les travailleurs en les accusant de profiteurs? C'est dans cet état d'esprit et avec une certaine crédulité qu'ils poursuivaient leur concept en faveur de l'économie de marché et de toutes ses conséquences sur l'emploi. On peut dire que, bien que galopante, cette augmentation, quasi obsessionnelle de la productivité, reste leur leitmotiv permanent sans cesse poursuivi grâce aux outils de la flexibilité et du dumping social. Mais ils étaient certes loin de se douter que le modèle tant décrié par les représentants des travailleurs vacillerait et, qui sait, peut-être, sonnerait le glas du dogmatisme ultralibéral axé sur les seules valeurs financières au détriment de l'humain.
S'agit-il de l'effondrement d'un modèle de société dont la structure est articulée sur les injonctions de Washington et plus singulièrement de la Banque Mondiale ou autres institutions financières? On peut se poser les questions de savoir si cela a servi de leçon et si une certaine éthique l'emportera.
En revanche, parce que l'on touchera inévitablement à leurs « privilèges », il faut craindre la mauvaise foi et les discours populistes. Faisons confiance aux argentiers modernes qui mettront tout en œuvre pour maintenir les « acquis » des capitalistes et permettre à quelques nantis la poursuite de la vie de château.
Nous voulons croire que des hommes politiques, à tout le moins ceux de gauche, tenteront d'inverser la vapeur en se penchant sur un modèle de société plus juste, avec priorités aux véritables valeurs humaines. Bien que pétrifiés, ceux-ci se retranchent derrière la mondialisation et l'Europe jugée de plus en plus antisociale. Les politiques de gauches doivent impérativement saisir l'opportunité qui leur est offerte et remettre les pendules à l'heure. Dans le cas contraire, ils porteraient une lourde responsabilité et les travailleurs pourraient les accuser de complaisance vis-à-vis de cette politique libérale.
Il faut bien reconnaître que cette politique ne vise qu'à satisfaire les exigences des banques et de leurs traders qui se livrent depuis « Wall Street » à un jeu de monopoly que l'on peut qualifier de méprisable. Cette crise mondiale, c'est surtout leur responsabilité! Il faut donc que cela cesse car ils jouent à la roulette russe en toute impunité et ce sont les peuples qui trinquent!
Toujours est-il que ces institutions financières auront déjà pesé lourdement sur toutes les orientations politiques en matière de libéralisation.
Le ferroviaire n'y échappe pas car il reste l'une de ses principales préoccupations. A titre d'exemple, ces décisions tranchantes en faveur de la séparation physique de l'exploitation de l'infrastructure ont été clairement édictées par la Banque Mondiale et, ensuite, relayées par la Commission européenne. En effet, c'est sans sourciller que les promoteurs du démantèlement du rail ont programmé la destruction de 50% d'emplois cheminots. Une seconde phase consistera même à réduire encore et encore les emplois pour assouvir cet appétit des financiers, des spéculateurs et de leur monde virtuel: « la bourse ». Il en va de même pour l'énergie, les télécommunications, la poste et tout ce qui peut rapporter de l'argent aux barons de l'industrie et du commerce.
Pour s'accaparer les parts de marché qu'ils considèrent comme rentables, ils ont instauré les « sacro-saintes » valeurs libérales, dont celles du principe de la division pour mieux régner et de l'individualisme primaire. Ils ont volontairement détruit la solidarité entre les êtres humains pour parvenir à leurs fins. C'est sans le moindre scrupule qu'ils méprisent les travailleurs et, plus particulièrement, les derniers bastions des travailleurs des services publics en les traitant de privilégiés! Nous entrons dans une ère nouvelle, celle de « l'esclavage moderne » et où la démocratie est en danger!
Léon Tolstoï (1828-1910) « L'argent est une nouvelle forme d'esclavage, il se distingue de l'ancienne simplement par le fait qu'il est impersonnel, il n'y a pas de relation humaine entre le maître et l'esclave ».
Aujourd'hui...
Le monde est en pleine crise économique, certainement la plus grave depuis le crash boursier de 1929. Depuis, l'argent public, qu'il fallait épargner en détruisant les emplois et en obligeant la population à se serrer la ceinture au nom des valeurs ultralibérales, a permis aux banques de s'enrichir à la satisfaction des « paradis fiscaux ». Pourtant, n'était-ce pas ces dernières qui donnaient le tempo et la politique à suivre dans nos sociétés civiles? Des milliards sont trouvés, injectés alors qu'on assiste à l'appauvrissement de la population qui, dès le budget 2010 devra passer à la caisse mais, à leurs yeux, tout cela est normal! Il va sans dire qu'ils maîtrisent avec dextérité la communication et s'en servent en donnant des informations épurées à l'adresse d'une population complètement décontenancée, médusée, et finalement trompée. Trompée car ces fins manipulateurs d'opinion parviennent à diaboliser tous ceux qui leur feraient barrage, par une propagande exploitée à propos, c'est-à-dire en leur faveur exclusive. Pourtant, dans le même temps, les patrons continuent à s'octroyer des parachutes dorés, par les salaires ou autres systèmes de revenus plantureux. Ils n'hésitent pas à poursuivre la délocalisation de leurs entreprises, supprimant des milliers d'emplois et ce, par pur profit. But business is business! C'est honteux et trop peu de personnes, dans le monde politique, osent le dénoncer de manière franche et encore moins les en empêcher. Tout le monde semble considérer que la société doit continuer à se détruire sur la base de telles valeurs.
On assiste à des pertes colossales dans le domaine du fret, les trafics ont diminué de 40% voire plus. La question qui se pose, c'est de savoir qui fera l'effort, sans apport financier, pour maintenir l'activité? Poser la question, c'est probablement y répondre...
Souvenez-vous, il fallait dynamiser le rail, disait le livre blanc de 1990 et qu'en est-il aujourd'hui?
La libéralisation du fret est un échec cuisant car le ferroviaire n'arrive pas, malgré tous les efforts consentis en matière de polyvalence, de dégradation des conditions de travail, des restructurations récurrentes et des milliers de pertes d'emplois, à augmenter ses parts de marché!
Dans plusieurs états, le traitement de « wagon isolé » est purement et simplement abandonné. C'est le talon d'Achille de ces technocrates de la pensée unique attachés aux valeurs anglo-saxonnes de l'époque de Margaret Tatcher.
Mais il faut impérativement poursuivre l'effort dicté par la Banque Mondiale... Pourquoi me direz-vous? Simplement parce que cela sert les entreprises privées qui sont les principaux actionnaires des banques et donc, qu'il faut tout privatiser. CQFD...
Dans quelques mois...
La libéralisation du trafic voyageur international est prévue pour le 01 janvier 2010.
Les grandes manœuvres ont d'ores et déjà commencé, mais, déjà, l'incroyable se prépare dans les coulisses des spéculateurs et de ceux qui veulent diriger de façon monopolistique l'Europe de la grande vitesse.
Est-ce dans les gènes des patrons du rail que de développer les futurs trafics de manière telle que seul le choix de « l'open access » soit retenu? Eurostar et Thalys sont pourtant des exemples de coopération entre les sociétés historiques. Mais l'annonce de la libéralisation pourrait remettre en question cette façon de travailler.
L'appétit vient en mangeant et ce vieil adage semble se vérifier une fois encore.
En effet, des spéculations très contestables sont en train d'être dénoncées par les syndicalistes européens. Tous les yeux sont rivés sur l'attitude qu'adoptera le géant allemand dont, rappelons-le, on envisageait la mise en bourse...! Mais cette Europe qui ne prête qu'aux riches, se mettra-t-elle au travers du chemin de cette entreprise « publique » qui par étape s'attribue des parts du ferroviaire de plus en plus importantes et qui acquière une dangereuse position dominante (pour ne pas dire de nouveau monopole) sur le marché?
Quoiqu'il en soit, deux alternatives sont envisagées, la première consisterait au rachat par la DB des parts d'Eurostar UK et la seconde, de la reprise de sa dette par le gouvernement anglais.
Reste à savoir si la Commission européenne donnera son feu vert pour que l'argent public permette le rachat des parts d'Eurostar UK et ce, afin de créer une entreprise ferroviaire qui servira à concurrencer le trafic international libéralisé le 01 janvier 2010?
En effet, la dette de l'autre côté de la Manche est tellement importante qu'avec ce partenaire, fort heureusement me direz-vous, il n'est pas possible de créer l'entreprise ferroviaire qui accélèrerait de facto le processus de sa privatisation. Paradoxal, n'est-il pas?
Et l'explication est plus simple qu'il n'y paraît. En effet, pour acquérir la licence ferroviaire, il faut, d'une part obtenir le certificat de sécurité et, d'autre part faire la preuve de sa capacité financière (directive 95/18). Et c'est là que le bât blesse!
Dans quelques années...
Si l'on n'y prend garde, les services publics seront entièrement démantelés pour que le privé poursuive son cortège de mesures antisociales basées sur le profit exclusif de ses actionnaires qui ont pris le contrôle des banques.
Il faut surtout rappeler les raisons de la création de ces services publics, à savoir l'objectif social vis-à-vis de la population et des plus faibles, et non l'inverse.
Je terminerai avec cette citation à méditer et fort à propos de Thomas Jefferson, 3ème Président des USA (1801-1809) « Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leurs monnaies, les banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis »...
S. Piteljon,
Secrétaire National, CGSP Cheminots.